Mystic Flowers Project

-1- PRESENTATI0N DE MON TRAVAIL

« Je pratique la gravure, non pas comme technique de reproduction mais parce que dans un certain sens, c’est le tout premier multimédia, avant la lettre. La gravure a longtemps fait le lien entre des idées qui venaient de la peinture, de la sculpture et du dessin, pour l’édition. En ce qui me concerne, j’utilise la gravure pour sa spécificité même.
Mon travail n’a plus rien à voir avec la reproduction et les livres, ce sont de grands formats (jusqu’à 4 mètres de long sur 2 mètres de haut), ceci pour évacuer le coté maniériste attribué à ce médium. »


Jean-Yves Langlois. Manifeste pour la gravure. 2002.



Jean-Yves Langlois fut mon professeur aux Beaux-Arts de Rennes, entre 1980 et 1985, et sa conception de la gravure a fortement influencé mon travail plastique.



Dans son atelier, j’ai commencé par passer sous une presse hydraulique des matrices acryliques sur papier, en relief, encrées au pinceau et tirées sur papier Arche. Mon intérêt pour les techniques hybrides s’est poursuivi au sortir de l’école, mais il m’a fallut continuer mes recherches avec des moyens réduits. J’ai donc adopté les techniques de survie en milieu hostile (abandon de tout ce qui n’est pas absolument nécessaire à la progression). Ainsi, j’ai rapidement remplacé le papier par une colle acrylique badigeonnée sur des matrices en plâtre ou en terre crue, « encrées », avec des pigments. Ce système, apparenté au moulage, me permet d’obtenir une estampe en relief sans avoir recours à une presse. La colle s’insinue dans les gravures de la matrice et absorbe en même temps les couleurs. Une fois sèche, elle forme une pellicule détachable et translucide. La colle étant transparente après séchage, l’estampe obtenue est lisible recto verso comme une diapositive. Je la maroufle ensuite sur une plaque de plexiglas.

Tirage n°53 photographié en transparence

Les notions de mixage et d’ouverture occupent aujourd’hui une place importante dans mon travail : mixage par l’emploi de techniques hybrides et ouverture du champ des possibles dans la lecture et l’interprétation des œuvres, ainsi que dans les diverses options permises lors de leur présentation.


Je fonctionne dans une abstraction symbolique (symbolique des formes, des couleurs et des signes). Les signes et symboles qui composent l’iconographie de mes travaux sont puisés dans le fond commun propre aux civilisations premières (art rupestre, peuples des mégalithes, tribus aborigènes, africaines, sud-américaines, asiatiques…) aussi bien que dans le creuset métaphorique des images alchimiques et ésotériques. Ces références sont fondues, mixées et cryptées, de manière à former une sorte de pré-langage, mélange d’archétypes suffisamment ouvert pour que le spectateur, quelles que soient ses origines, puisse se projeter mentalement à la surface du tableau et y trouver ce qu’il recherche, selon ses préoccupations, sa culture ou ses centres d’intérêt.


Je travaille sur le principe de la série. Chaque série est constituée d’une suite de monotypes évolutifs, tous différents et pourtant tous issus de la même matrice, sans cesse retravaillée. Le processus de formation d’un monotype est lent, quasi alchimique, et il est, de même que les conditions de sa création, soumis aux aléas des saisons.


A la manière d’un test de Rorschach, l’évolution naît de la confrontation de la matrice avec son double inversé (l’empreinte). L’observation de ces deux éléments (un positif et un négatif) provoque l’apparition de nouveaux signes que je vais reporter sur la matrice, afin de la faire évoluer, pour qu’elle génère une nouvelle empreinte et ce, quotidiennement.

Empreinte n° 12 et matrice Snake Skins

Ainsi, je conserve les traces d’une image en mutation constante. Une seule estampe n’est plus alors qu’un instant donné d’un flot d’images.
Chaque suite évolutive forme une sorte de calendrier ou de journal intime qui évolue dans le temps pour se déployer ensuite, lors de sa présentation, à travers l’espace, suivant un parcours chronologique ou aléatoire qui peut à son tour dessiner de nouveaux signes.
Toutes les estampes sont photographiées numériquement. La technologie numérique me permet de manipuler ce flot d’images évolutives et de JOUER avec, dans le temps et l’espace. Je peux ainsi tester virtuellement les modifications que j’apporterai à la matrice, réaliser des simulations d’accrochage, des compositions, ainsi que des films d’animation (certains sont visibles à la rubrique travaux anciens).

-2-THE MYSTIC FLOWERS PROJECT

Depuis janvier 2007, je suis intervenu régulièrement sur la même matrice. Cette matrice en plâtre était un carré de 95 cm x 95 cm, qui pèsait plus de cinquante kilos pour six centimètres d’épaisseur. Elle était installée au centre de l’atelier sur un établi, ce qui me permettait de tourner autour afin de pouvoir la graver de tous les côtés.

état de la matrice après le tirage final de la série Mystic Flowers

Je comptais poursuivre cette suite d’estampes évolutives, intitulée Mystic Flowers, pendant un an jusqu’au 05 janvier 2008, date anniversaire de la série. En novembre 2007, la matrice avait déjà généré 80 tirages.


La série Mystic Flowers a été finalement continuée jusqu’à ce que j’obtienne 100 tirages. J’ai arrêté ce nombre après avoir commencé à ranger mes estampes numérotées de manière à former des carrés magiques. Chaque planète ayant son carré, il existe 7 carrés magiques qui correspondent aux 7 planètes connues des anciens : carré de 3×3 pour Saturne, 4×4 pour Jupiter, 5×5 pour Mars , 6×6 pour le Soleil, 7×7 pour Vénus, 8×8 pour Mercure et 9×9 pour la Lune. J’ai achevé de constituer le carré lunaire, composé de 81 estampes, le 30 novembre 2007 et j’ai alors décidé de composer le carré Mystic de 10×10 comme achèvement de ce travail et retour à l’unité. La matrice a produit l’estampe n° 100 le 16 avril 2008, soit 15 mois après le début du projet.


Le principe des carrés magiques est simple, il suffit d’utiliser autant de chiffres et de nombres que de cases présentes dans le carré. Par exemple, dans le cas du carré de Jupiter, nous avons 4 cases sur 4, ce qui nous donne 16. Il faudra donc placer les chiffres et les nombres de 1 à 16 dans ce carré afin que la somme des chiffres des colonnes soit égale à celle des lignes et des diagonales.

Mon projet serait de présenter la suite Mystic Flowers dans son intégralité, selon un carré magique de 10×10. Les plaques seront posées horizontalement, surélevées du sol par 4 parpaings de 50 cm de haut et séparées par un espace de 1 m permettant la circulation des spectateurs entre les plaques. Cette installation ferait au final 400 m2

Toute l’élaboration des estampes se faisant à plat, je me suis demandé pourquoi en dernière instance les redresser verticalement. La gravure étant une surface plane dotée de légers reliefs, elle est un espace intermédiaire entre la peinture en 2d et la sculpture en 3d. Ce type de présentation me paraît donc plus judicieux, puisque cette installation permettra au spectateur de tourner autour de chaque élément, comme je l’ai fait moi-même lors de son élaboration, et de déterminer lui-même le sens qu’il préfère.
La présentation des tirages selon un carré magique, dont le plan sera distribué à l’entrée de la salle, favorisera plusieurs lectures possibles de l’installation. Soit une lecture chronologique, avec un parcours de type labyrinthique à l’intérieur du carré en suivant le plan fourni, soit une déambulation aléatoire dans le réseau de couloirs formé par les plaques.

Plusieurs films d’animation, créés à partir des 100 tirages de la série, seront projetés en boucle dans le même lieu que l’installation . Un jeu de cartes, reprenant les 100 tirages de la série, au format 10 cm x 10 cm, sera édité et mis en vente à l’occasion de l’exposition, ainsi qu’un c-d rom avec les films, mis en musique .

Plan B : Le monde est un livre ouvert et un livre fermé.

Une autre option de présentation est envisageable si l’espace d’exposition ne permet pas le déploiement de la série au sol. Le principe sera une superposition des plaques, séparées par un espace de trois centimètres, formant une colonne dont la hauteur dépassera 3,5 m. La colonne constituera le livre fermé ; le livre ouvert étant visible et consultable uniquement sur des écrans disposés tout autour.

Ce film d’animation, d’une durée de 6mn 12, a été réalisé à partir des cent estampes de la série Mystic Flowers. Il s’agit pour l’instant d’une version « garage » de piètre qualité ; les photos ayant été prises au cours des mois, après chaque tirage, avec un numérique de 3 mega pixels. Vous pouvez néamnoins déjà visualiser les différents carrés magiques selon leur ordre d’apparition (déplacer le curseur jusqu’à 1mn 50, si vous voulez zapper la première animation en boucle).
L’ensemble de la série fera l’objet d’une nouvelle prise de vue dès que je l’aurai  marouflée sur plexiglas. Les versions définitives des films seront mises en musique.